Que ça reste entre nous, l’autobiographie de Francis Veber

Ouais ouais foutez-vous de ma gueule. Ou demandez-moi plutôt pourquoi, la première fois que je parle d’un livre sur ce blog (la deuxième en fait), je choisis la biographie de Francis Veber, réalisateur de comédies franchouillardes légères et/ou potaches.

Eh bien tout simplement parce que je considère ce monsieur comme l’un des grands auteurs du cinéma français, d’abord scénariste pour Lautner, Yves Robert, Molinaro, De Broca, Granier-Deferre, Verneuil, Annaud, Arcady mais surtout auteur-réalisateur de quatre des meilleures comédies françaises du XXe siècle, La chèvre, Les compères, Les fugitifs et Le dîner de cons. Malgré sa petite baisse de régime depuis quelques années je trouve que le moment est parfaitement choisi pour faire un bilan de cette carrière riche et fructueuse.

Alors en lisant ce bouquin, évidemment on en apprend beaucoup sur Francis Veber. Il est le descendant d’une grande lignée d’écrivains (Pierre Veber, Tristan Bernard, …) et avait commencé des études de médecine avant de se rendre compte de son goût (et son talent) pour les mots. D’ailleurs son livre est très bien écrit, un plaisir à lire. Ils sont bien choisis ces mots, les métaphores claquent, le style est enlevé, souvent drôle.

Son écriture est également diablement efficace quand il raconte l’assassinat de son frère à 20 ans (j’ai failli chialer) ou les autres tourments auxquels il a été confrontés durant sa vie (fausse couche (de sa femme), dépression, mort de ses parents). Bref on saura tout sur Francis Veber, car il raconte tout. Heureusement, les évocations de sa vie personnelle ne sont que des parenthèses entre tout ce qu’il raconte de sa carrière, qui est très riche, aussi.

Et on redécouvre qu’avant de réaliser son premier chef-d’oeuvre (La chèvre bien sûr), Veber avait déjà pas mal bourlingué : écrit pour le théâtre puis le cinéma L’emmerdeur, puis Le Grand blond, Le magnifique, Adieu poulet, Peur sur la ville (pas que des nanars hein) et même Le Professionnel (reprenant un script abandonné par Michel Audiard, puis fignolé a posteriori par le fiston Jacques, qui sera d’ailleurs le seul auteur crédité au générique). Puis l’adaptation cinématographique de La cage aux folles, avant Coup de tête et parallèlement le début d’une brillante carrière de réalisateur avec la trilogie Depardieu/Richard, son exil à Los Angeles et ses tentatives à Hollywood, puis son come-back retentissant avec Le dîner de cons, la pièce puis le film.

« Mais je ne fais pas le pitre ! » : Ça c’est du cinéma.

Au passage, il en profite pour faire un portrait sans concession des personnages forts qu’il a rencontrés : les chieurs (Ugo Tognazzi, Lino Ventura, Philippe De Broca, Matthew Broderick, Billy Wilder (un peu), …), les escrocs (Eddie Murphy, Warren Beatty, eh oui msieu-dames, c’en sont), les ivrognes (Gérard Depardieu, Nick Nolte, Jacques Villeret), et aussi les braves types (Claude Berri, Edouard Molinaro, les frères Zucker, …).

A travers une foule de petites anecdotes plus ou moins croustillantes, c’est un tableau complet du monde du cinéma qui est dressé par notre ami Francis. Le regard d’un auteur, d’un artiste, qui aura connu les bides, la gloire, les pannes d’inspiration, et aura été la victime occasionnelle de producteurs véreux ou d’acteurs ingérables. Un sacré récit. Et un truc à lire, assurément.

10 bonnes raisons d’aller voir Rubber, de Quentin Dupieux

Voilà une semaine que je clame à tous vents et sur tous les toits que Rubber est le film de l’année, presque un chef-d’oeuvre, tout du moins une oeuvre incontournable et qu’il faut donc aller le voir. Devant l’incrédulité et la défiance générale, j’avais eu l’idée d’exposer en 57 points pourquoi ce film est génial et pourquoi il faut à tout prix aller le voir. Pourquoi 57 ? No reason (huhu). Mais comme je sais que mes lecteurs sont des gens très occupés, j’ai finalement décidé de m’en tenir à 10 (oui c’est la seule et l’unique raison). Les voici :

1. Le premier long-métrage tourné avec un appareil photo
C’est par son manque de patience que l’on doit à Quentin Dupieux d’avoir choisi un appareil photo pour tourner son film. Fatigué de la lenteur du processus traditionnel, il a fait le choix du Canon 5D, qui permettait de tourner rapidement sans trop de tergiversations. Une brillante idée puisque le résultat est superbe. Rubber est et visuellement l’un des plus beaux films de l’année. J’ai l’impression que ce film est le premier d’une longue série, et qu’il est donc une REVOLUTION, pour le même prix que les tristes navets qui l’accompagnent à l’affiche (j’exagère, y a des bons films en ce moment mais PEU IMPORTE !).

2. Un point de départ dingue
L’histoire d’un pneu télékinésiste et psychopathe. Si vous n’avez pas envie de courir en direction du cinéma le plus proche en lisant un tel pitch, vous êtes un nazi.

3. Un film de genre de qualité supérieure
Avant toute chose, Rubber est un film de genre, horrifique et gore. Le héros est un pneu d’accord, mais c’est aussi un tueur psychopathe et avide de meurtre. Et quels meurtres ! Dupieux a certainement consulté ses classiques (Scanners et autres) avant de tourner, car il nous gratifie tout au long du film de superbes explosions de tête, des modèles du genre, techniquement sublimes, parfaitement sonorisées. Et je m’y connais.

4. Une astuce scénaristique brillante
L’histoire du pneu tueur ne vous suffit pas ? Moi non plus et c’est là que ce film est GENIAL. Ce pitch de série B n’est qu’un prétexte car la véritable histoire du film est celle de ces spectateurs munis de jumelles qui suivent en même temps que nous les tribulations du pneu fou. Dupieux passe son temps à passer d’une histoire à l’autre, faisant parfois faire à ces spectateurs des commentaires auxquels on avait pensé quelques secondes plus tôt (les fesses de Roxane Mesquida). Troublant. Les deux histoires sont liées par un personnage énigmatique, obéissant à une force supérieure à peine évoquée, dont on prendra soin d’imaginer nous même l’identité.

5. Le film qui vous fait ressentir les émotions d’UN PNEU
Car oui, dans Rubber, le pneu est un être vivant. On ressent ses émotions, ses interrogations, ses peurs, on s’identifie à lui, on comprend ce que c’est d’être lui. On comprend surtout le pur génie de Dupieux quand dans la meilleure scène du film, on suit dans un long travelling ce pneu tituber d’allégresse après le meurtre orgasmique d’un pauvre lapin. Du grand art.

6. Des acteurs au niveau
Ca a l’air con à dire, mais Stephen Spinella, acteur quasi-inconnu, petit rôle dans Harvey Milk et dans des films que personne n’a vu, vaut à lui seul de voir Rubber. C’est une faconde, une assurance, une présence, une force comique inattendues que l’on découvre en le voyant monologuer sur le No-Reason (cf. 10), mener avec entrain une enquête policière insensée ou expliquer l’inexplicable à ses collègues médusés. Autour de lui, la jolie Roxane Mesquida est parfaite en objet sexuel (comme d’habitude), tout comme Jack Plotnick, Wings Hauser et tout les autres d’ailleurs. Sans oublier le pneu, dont l’animation semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière, filmé très souvent en plan large même dans des déplacements assez périlleux. On se demande parfois si ce n’est pas un vrai pneu vivant qui a été filmé.

7. Une mise en scène soignée
Des cadrages superbes, des travellings élégants, sobres et efficaces, la réalisation est fourmillante d’idées, à tel point que l’on peut voir la même scène quatre fois de suite sans jamais se lasser, je parle en l’occurrence de celle où Robert (le pneu) découvre ses capacités et les teste sur plusieurs victimes (objets et animaux divers), une séquence admirable, redondante mais passionnante.

8. Le film d’un vrai auteur (français en plus)
Pour ceux qui seraient tombé sur Nonfilm, le premier film de Quentin Dupieux, impossible de ne pas voir dans Rubber la continuité de cette réflexion semi-nihiliste sur la représentation cinématographique et la relation spectacle/spectateur. Entre les deux, il y a eu Steak, film pas inintéressant où l’on retrouvait néanmoins ce ton fun et décalé, mais un peu dissimulé par la présence des stars Eric et Ramzy. Dans Rubber, on revient dans le plus pur style Quentin-Dupieux, absurde et hilarant comme du Blier, absurde et abscons comme du Buñuel. Tout ce qu’on aime.

9. Une BO qui tue
Quentin Dupieux étant qui il est (Mr Oizo rappelons-le), il ne pouvait faire autrement que de composer lui-même la BO de son film, comme il l’avait fait avec Steak. Il avait cependant collaboré avec deux autres pontes de la french touch (Sébastien Tellier & SebastiAn) et cette fois c’est la moitié moustachue de Justice, Gaspard Augé, qui est venue lui prêter main forte. Le résultat est une merveille, hétéroclite et jouissive, croisant des mélodies élégantes, sifflées, flûtées ou plaquées au clavier, à des influences diverses (John Carpenter, Carter Burwell, Philip Glass, …). Le point culminant étant assurément ce Tricycle Express morodérien entendu en fin de film. Et en bonus, un morceau non orignal, excellent au demeurant, du groupe funk Blue Magic, qui semble pourtant avoir été composé pour le film (la fameuse scène de plénitude post-meurtrem cf. 5).

10. Un magnifique hommage au No-Reason
Dans une impeccable scène d’ouverture, Stephen Spinella expose sa théorie sur la place du No-Reason dans les chefs-d’oeuvre du cinéma. « Pourquoi dans ET, l’extraterrestre est-il marron ? No reason ». Une question que l’on ne s’était jamais vraiment posé et qui prend tout son sens métaphysique dans la suite du film. On restera pendant 1h30 (et même après) dans cette incertitude, est-ce que ce film a seulement un sens, est-ce que tout cela n’est pas juste une vaste blague ? Question que l’on peut extrapoler à l’infini. Le cinéma. L’art. La vie. L’univers.

Critique : The Dinner, de Jay Roach

Sorti dans 9 salles en France, The Dinner est visiblement boudé par les distributeurs. On peut le comprendre car en plus d’être le remake d’une des meilleures comédies françaises du XXe siècle (ce qui est un sérieux handicap), c’est tout simplement un mauvais film, dont les scénaristes n’ont visiblement rien compris à l’intelligence du scénario original de Francis Veber.

Car mises à part quelques situations qui tiennent plus lieu de clin d’oeil, le scénario du Dîner de Cons a totalement été remanié pour ce film. Celui de Veber se déroulait presque intégralement dans un appartement alors que celui de Jay Roach est beaucoup plus volatil, et ce sont deux jours entiers que le Brochant américain passe à être torturé par ce Pignon artiste-taxidermiste proche de l’encéphalogramme plat.

La première erreur du script à mon avis, c’est qu’ici le méchant Mr Brochant s’est transformé en un gentil cadre dynamique que ses salauds de patrons forcent à participer à un dîner de cons en vue d’une promotion (idée de départ complètement nulle, soit dit en passant). Du coup, on est presque gêné de voir ce pauvre Paul Rudd vivre un enfer à cause de ce con vraiment très con joué par un Steve Carell vraiment très lourd, sans aucune retenue.

Partant avec un déséquilibre aussi grand, le film est obligé de se ramasser. Et malgré quelques moments drôles (la blague de Morgan Freeman, vue dans la bande annonce), voire poétiques (l’idée des petites maquettes de souris empaillées), il est très difficile de rire aux pitreries incessantes de Steve Carell, et encore moins d’un Paul Rudd dont le personnage est totalement délaissé.

Heureusement, quelques seconds rôles sauvent le film du naufrage complet, notamment Zach Galifianakis (encore lui) assez fort en inspecteur des impôts psychotique, ou Jemaine Clement qui après Gentlemen Broncos s’impose comme un expert absolu pour jouer les stars underground ravagées.

Tout cela n’est pas suffisant pour faire de ce Dinner un film agréable, d’autant qu’il aura enlevé à l’original toute sa subtilité et sa méchanceté.

Critique : Date limite, de Todd Phillips

Après avoir triomphé en salles avec Very Bad Trip, Todd Phillips revient cette semaine avec Date Limite, s’attaquant à un genre pas si facile, le buddy-movie (preuve dans The Dinner, sorti cette semaine aussi). Depuis la sortie du film, on lit parfois la critique entrevoir une filiation avec le maître français du genre, Francis Veber (scénariste de L’emmerdeur et réalisateur de La Chèvre, Les compères, Les fugitifs et Tais-toi entre autres). Sans aller jusque là, on peut quand même considérer Date Limite comme une réussite.

Peter Highman (Robert Downey Jr) doit rejoindre sa femme à l’autre bout des Etats-Unis avant son accouchement, mais par une série de tuiles, il est contraint de faire le voyage en voiture avec Ethan Tremblay (Zach Galifianakis), individu particulièrement inconscient et maladroit.

On retrouve effectivement dans la trame de départ une certaine ressemblance avec celles interprétées par le tandem Depardieu/Richard de la grande époque, cependant, ce nouveau duo fait plus souvent penser à celui que formaient Jeff Bridges et John Goodman dans The Big Lebowski. D’ailleurs certaines scènes, si elles ne sont pas un hommage, sont clairement influencées par le chef-d’oeuvre des frères Coen (les cendres du papa dans la boite de café, la tenue de mission de Zach Galifianakis).

Les bouffonneries de Zach Galifianakis ne prendraient pas si son partenaire n’était pas ce Robert Downey Jr sobre et stoïque. C’est le fait qu’il cherche constamment à contenir son énervement qui provoque le rire, et on rit plus encore quand la tension est trop forte et qu’il se laisse aller à quelques débordements (cf. la scène du gamin chiant).

Une fois l’équilibre trouvé entre les deux personnages, il ne reste qu’à dérouler le film et imaginer toutes sortes de situations, plus rocambolesques les unes que les autres. C’est d’ailleurs là où le film est beaucoup moins fort que ceux de Francis Veber, mais peu importe, les situations sont drôles et les divers personnages rencontrés apportent de l’eau au moulin du duo principal. La singularité de ce tandem suffit à faire des situations les plus éculées (fumage de pétards, etc.) de vraies scènes de comédie.

Evidemment, on n’échappera pas à quelques effusions sentimentales, mais elles sont rares et souvent désamorcées avec force par une réplique ou une vanne qui va bien.

Pour toutes ces raisons, disons tout de go que Date Limite est le deuxième film à voir de la semaine (après Rubber évidemment, qui lui est le film de l’année).

Critique : Potiche, de François Ozon

Je n’ai pas envie de cacher que j’avais prévu une introduction assez dingue pour cette critique, toute en allitérations à base de potiche, pitch, potache, putsch, et pourquoi pas postiche, patch et pistache. Mais je n’ai pas vraiment réussi à goupiller tout ça harmonieusement. Alors restons simples, je me contenterai sobrement d’écrire qu’avec un casting et un réalisateur prestigieux, Potiche est assurément le « film de la semaine », c’est-à-dire celui que les gens vont aller voir avec plaisir et enthousiasme à partir de ce 10 novembre.

Ils n’ont pas tout à fait tort les gens, parce qu’on aurait tort de se priver d’une union Deneuve + Luchini + Depardieu, dirigés par un réalisateur talentueux et reconnu. Mais ils ont quand même un peu tort, déjà parce que LE film de l’année sort le même jour (Rubber). Ensuite parce qu’il semble désormais presque évident que François Ozon n’est pas fait pour la comédie.

Adaptant une pièce de théâtre de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy (en deux mots l’histoire d’un PDG macho qui se fait remplacer par sa femme à la tête de son entreprise), le réalisateur de 8 femmes n’arrive que très rarement à en faire un film. Les dialogues ciselés de la pièce tombent souvent à plat, la faute à une interprétation souvent maniérée et déclamatoire et une mise en scène misant tout sur une esthétique seventies un peu fun mais ne cherchant que secondairement à rendre les gags efficaces.

Pas aidés non plus par leurs personnages, un poil caricaturaux, les comédiens sont à la peine, notamment Jérémie Rénier en fils modèle efféminé ou Judith Godrèche en blondasse antipathique, qui ont beaucoup de mal à se rendre crédibles. Le trio principal s’en sort mieux heureusement, et donne au film ses meilleurs scènes, dans des registres familiers : Luchini excelle dans la logorrhée excédée, tranchant avec une Deneuve calme et espiègle, tandis que Depardieu reprend avec brio son rôle désormais habituel d’homme fruste au grand coeur.

On rit quand même, parfois, quand le film parvient à transcender son matériau théâtral de base pour en faire un vrai film de comédie, y apporter de vraies situations et de vraies répliques de cinéma. Dommage que la plupart du temps, Ozon reste si paresseux dans son adaptation, se contentant souvent de balancer une allusion balourde ou un gag bon marché.

Quant au message sous-jacent du film, s’il y en a un, il est délivré avec assez de maladresse pour qu’on n’ait pas vraiment envie de le comprendre ni même s’y intéresser. Le côté un peu ridicule de la scène finale montre bien qu’il n’y aura pas de grands enseignements à tirer de ce conte contemporain, sympathique mais pas indispensable.