Top 10 des animateurs télé qui ont chanté et ne chanteront plus

En septembre dernier sortait le premier album de Christophe Hondelatte, Ou pas, dont on a appris récemment de la bouche même de l’intéressé que ce serait également le dernier. L’animateur mythique à blouson noir de Faites entrer l’accusé ne veut pas revivre le déferlement de critiques négatives qui se sont abattues sur lui, notamment dans l’émission de Laurent Ruquier, qu’il a quittée pendant son interview-supplice.

Christophe Hondelatte ne sera ni le premier ni le dernier animateur télé à avoir tenté en vain d’élargir son spectre artistique. D’autres avant lui ont essayé ; certains ont eu des problèmes, d’autres ont presque réussi à faire oublier ce passage douloureux de leur existence.

Mais moi je n’oublie jamais. Et aujourd’hui j’ai décidé de ressortir toutes ces pépites méconnues du placard à merveilles que constitue la base de données de Youtube. Et vous en faire profiter, amis lecteurs, car je sais que c’est exactement ce dont vous avez besoin en cette période de morosité automnale et pluvieuse.

 

1. Julien Lepers
« De retour de vacances, mon coeur encore y pense. »
Date du drame : 1978
Tout le monde sait (je crois) que Julien Lepers a composé quelques tubes dans les années 1980, notamment « Pour le plaisir » et « Amoureux fous » pour Herbert Léonard. On sait moins qu’il a lui-même chanté, de sa voix juvénile et nasillarde, ce tube inimitable qu’est « De retour de vacances », donnant lieu à quelques moments télévisuels mémorables, comme celui-ci, introduit par l’inénarrable Nicolas Peyrac. Si l’on oublie une gestion quelque peu hasardeuse du playback (le piano commence à jouer tout seul) et une légère perte de repères à 0:25, la prestation du jeune Lepers est enchanteresse.

 

2. Christophe Hondelatte
« Qui a dit, qui a dit, y a qu’à lui dire qu’il a une tumeur. »
Date du drame : 2011
Après avoir émerveillé le public parisien avec son spectacle « Dans ma maison tu viendras » en 2010, Christophe Hondelatte estime qu’il est temps de transformer l’essai et de sortir un album, enfin, après des années à pratiquer le violoncelle tout seul dans sa chambre comme un pauvre hère. C’est ainsi qu’il écrit, compose et interprète Ou pas (je ne ferai aucun commentaire sur le nom de cet album mais je n’en pense pas moins). Il fait agrafer les dossiers de presse par son beau-frère, les glisse dans la fente de la boîte aux lettres en bas de chez lui. Et un mois plus tard, la critique massacre le fruit d’une vie entière de réflexions musicologiques et réduit à néant ses rêves de gloire. Je vous laisse découvrir le clip de son single, Dr House, qui nous présente une vraie bête de scène, qui grimace, dodeline et fait l’amour à la caméra pendant près de 4 minutes. Il a confessé plus tard avoir été sous traitement médicamenteux lors du tournage.

 

3. Philippe Risoli
« Mais t’es bancal, drapeau rouge, t’as les abeilles. »
Date du drame : 2001
Au début du troisième millénaire, le Juste Prix s’arrête. Son animateur, Philippe Risoli, se recase sur RFM TV et y anime une émission musicale « Les copains d’abord ». En entendant tous ces tubes, une idée folle germe dans son esprit désormais libre et ouvert à toute nouvelle impulsion vitale, « et si je mettais enfin ma voix incroyable au service de la musique ». C’est donc tout naturellement que Philippe Risoli sort Autrement, un album de chansons qu’il décrit lui-même proches du style de Louis Chedid. On retrouve en effet l’influence majeure du fameux compositeur de « Anne ma soeur Anne » dans cette ôde aux bananes flambées que je vous présente ici. On appréciera également les tremolos à la Michel Berger dans certaines phrases du couplet (« ça devrait marcher, ça marche pahaha »).

 

4. Passe-partout
« Et le plus vite possib’, il faudra toutes les clés. »
Date du drame : 2005
C’est l’histoire d’un nain tout à fait épanoui dans son travail de nain. Alors le nain, il décide d’écrire une chanson sur son travail, le nain. Ensuite le nain va à Auchan, achète le Bontempi le plus cher (pour que le résultat soit quand même un peu quali) et compose une mélodie rythmée et entraînante sur lesquelles il pose sa voix de crooner, le nain. Puis le nain va sur Direct 8 et défend son morceau sous les regards médusés des animateurs de « Jeux sans enjeu », qui se targuaient cinq minutes plus tôt de prendre « la place un peu d’avant tout le monde ». Pour tout vous dire, j’avoue que j’ai très peu d’infos sur Passe-Partout mais j’ai beaucoup réfléchi sur cette personne, sa fonction dans la société (nain à la télé), et également sur cette vidéo qui est assez célèbre. Donc je vais me contenter de conclure modestement par cette remarque : un nain qui chante c’est quand même assez marrant.

 

5. Stéphane Bern
« Je t’ai pas regardé, pas vu, tu dois me prendre pour une dragonne. »
Date du drame : 2009
Avant de triompher au cinéma dans des films pornos en costumes (du moins je présume qu’il s’agit de cela au regard de cette bande-annonce), Stéphane Bern a commencé sa carrière d’artiste dans un album de chansons caritatives (ou plutôt un livre d’histoires avec des chansons, d’après ce que j’ai compris), où ses talents déclamatoires éclatent au grand jour dans un slam nommé « Le plus beau poème d’amour ». Malheureusement aucun clip n’existe pour ce beau poème, donc vous vous contenterez de ce simple lien. Courez-y, vous ne le regretterez pas.

 

AVERTISSEMENT : Pour la deuxième partie de ce top je vous laisse vous organiser pour faire vous-mêmes les commentaires drolatiques. J’ai besoin de repos, après avoir réécouté tout ça.

 

6. Noel Mamère
Date du drame : 1980

 

7. William Leymergie
Date du drame : 1984

 

8. Bernard Montiel
Date du drame : 1989

 

9. Sophie Favier
Date du drame : 1984

 

10. Dorothée & Hélène Rolles
Date du drame : 2010

 

Typologie des causes de déchéance du cinéma comique français

Dans le paysage cinématographique et humoristique français (le PACHUF), le ciel s’est quelque peu assombri ces dernières années. Quand on dresse le pré-bilan de cette année 2011, même après mûre réflexion, il est difficile de trouver une meilleure comédie sortie sur les écrans que Low Cost de Maurice Barthélémy, qui souffre pourtant d’une certaine quantité de défauts.

MAIS QUE S’EST-IL PASSE ?? me demandez-vous. Ce à quoi je vous réponds en trois points :
– Nette baisse de régime des patrons, notamment Francis Veber dont le dernier soubresaut date de 2002 (Tais-toi !), Claude Zidi qui se contente désormais de téléfilms avec Pascal Légitimus pour occuper ses vieux jours, ou encore Patrice Leconte qui annonce tous les ans son retrait du monde du cinéma.
– Arrivée de successeurs malheureusement peu nombreux à être capables d’insuffler un nouvel élan au genre. Pour l’instant ils se comptent sur le doigt d’une main : Riad Sattouf, Gustave Kervern & Benoît Delépine, Quentin Dupieux, Michel Hazanavicius (ces deux derniers étant fréquemment attirés par d’autres sirènes).
– Pléthore de film malades, souffrant de symptômes divers mais identifiables. D’ailleurs je me propose de faire l’inventaire des maux courants du cinéma d’humour français, en prenant pour cas d’étude les navets sortis en 2011, qui constituent à mon avis un panel représentatif de la production actuelle.

ERREUR N°1 : COMPTER SUR LA PRESTATION DESOPILANTE DES ACTEURS

1.a. Casting has-been
Tout le monde n’a pas une force comique innée, encore moins Charlotte de Turckheim (La Croisière) ou François-Xavier Demaison (La chance de ma vie). L’erreur de ce genre de comédie est de croire que, parce que le tournage s’est passé dans une atmosphère joviale et rigolarde, que l’ambiance était incroyablement bon-enfant, et qu’on s’est beaucoup amusé sur le plateau le jour où Antoine Duléry s’est pointé habillé en femme (ha ha ha la scène où il oublie qu’il est travesti et reprend sa voix d’homme, du jamais-vu), le spectateur sera nécessairement happé par l’enthousiasme ambiant. Mais non, quand les gags sont éculés et les personnages caricaturaux (surtout joués par Marilou Berry ou Jean Benguigui), les seuls motifs de satisfaction, s’il faut en trouver, restent les exploits personnels d’Armelle ou d’Elie Semoun, c’est dire.

1.b. Surjeu et prise d’accent
Dans Les Tuche, Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty prennent (avec un certain talent) un accent qui ne semble venir d’aucune région, appelons-le l’accent beauf. Evidemment, c’est avec une extrême tendresse qu’Olivier Baroux traite ses personnages, motif souvent évoqué pour se permettre de repousser les limites de la condescendance. Même punition pour Beur sur la ville et Halal police d’état, qui sous couvert de tolérance et d’anti-racisme nous présentent des représentants de minorités visibles flanqués d’accents factices et insupportables, qui constituent dès lors le seul ressort de comédie (conséquence directe de l’apparition du syndrôme Doudou, une des nombreuses plaies infligées à l’humour français par le tandem infernal Omar & Fred).

 

ERREUR N°2 : AVOIR TROP D’AMBITION

2.a. Le film-concept
Quand on est un auteur de BD respecté (comme Pascal Rabaté) et qu’on décide de faire un film, on ne peut décemment pas faire comme les autres, il faut que ce soit un peu concept, un peu original. Alors on décide de faire un film sans parole, on décide de devenir le Tati de l’an 2011, et on fait Ni à vendre ni à louer. Et les gens, dans la salle, se font bien chier la bite.

2.b. Le film qui dénonce
Quand on n’a plus rien à prouver après avoir signé nombre de comédies populaires (comme Cédric Klapisch), il faut prendre un tournant un peu destroy, il faut un peu faire dans la dénonce. Surtout que c’est la crise, quand même. Du coup, on a presque envie de se prendre pour Ken Loach, on croit que c’est le moment de passer un cap. Alors on dit que Gilles Lellouche est un trader, que Karin Viard est une bonniche et on fait Ma part du gâteau. Et on se ramasse.

2.c. Le combo concept/dénonce
Par contre quand on est un peu un nobody (comme Audrey Estrougo, Stéphane Kazandjian ou Xavier Durringer), il faut vraiment se démarquer. Alors on choisit de faire une comédie musicale avec Leila Bekhti et Benjamin Siksou par exemple (Toi, moi, les autres), mais une comédie musicale qui dénonce grave l’expulsion des sans-papiers avec des chansons qui font pleurer, entre deux éclats de rire (hopefully). Ou alors on décide d’inventer le concept de documentaire à la Michael Moore mais fictionnel, et on met Laurent Lafitte et FX Demaison dedans, et on en profite pour dénoncer la crise et les salauds de banquiers qui nous gouvernent (Moi Michel G, milliardaire, maître du monde). Ou alors on tente carrément d’être subversif à mort, et on s’attaque au biopic de Sarkozy, et on fait La Conquête, sans angle, sans idée, sans mise en scène. Trop d’ambition mal placée tue le cinéma ; échec cuisant dans les trois cas.

 

ERREUR N°3 : OUBLIER D’ÊTRE DRÔLE

3.a. La comédie douce-amère
Quand on ne sait pas trop faire rire, le plus simple c’est de prendre un thème un peu passe-partout, sujet aux rires et aux pleurs, comme la relation père-fils (Mon père est femme de ménage), l’immigration (Les femmes du 6ème étage), l’échec social et/ou amoureux (Itinéraire Bis), et de jouer la carte du doux-amer. Le problème c’est qu’au final, ce n’est souvent ni doux, ni amer, ni drôle. Heureusement, parfois, Luchini et Cluzet sont là pour réhausser le niveau (mais pas Leila Bekhti)

3.b. La promenade de santé
Tu veux tourner un film comique et tu n’as pas trop d’idées ? Qui es-tu ? Ah, tu es Dominique Farrugia ? Alors c’est très simple, tu as de l’argent et une petite crédibilité donc tu n’as qu’à te brancher en mode buddy-movie, embaucher deux acteurs connus et rigolos (Franck Dubosc – Richard Berry) et hop c’est parti. Ça donne Le marquis, film sympathique, pas désagréable à regarder, mais jamais drôle. Le spectateur en gardera la même sensation qu’après un Paris-Reims en TGV passé à voir défiler les champs de maïs et les forêts de conifères. Si tu as trois acteurs connus et rigolos (Dubosc-Darmon-Lemercier), ça peut être (un peu) plus intéressant déjà (Bienvenue à bord).