Etude de la répartition qualitative des morceaux dans les albums de 9 à 15 titres, d’après un échantillon représentatif de quarante albums trop bien

Un jour, je suis tombé sur un billet de blog — ou une image de 9gag, je sais plus, en tout cas je ne l’ai jamais retrouvé(e) — qui détaillait ce qui était censé être la tracklist type de tout album pop, qui suivrait un modèle qui proposait à peu près un truc du genre : 1) morceau catchy top cool, 2) bon morceau, 3) morceau un peu moins bien, 4) meilleur morceau de l’album, 5) morceau de merde pour meubler, etc…

C’était beaucoup plus marrant que ça dans ce billet de blog (ou cette image de 9gag), car l’objectif de l’auteur était avant tout de faire de l’humour ; mais moi j’ai trouvé encore plus marrante cette idée qui consiste à imaginer la chose suivante : il existerait un schéma implicite dont la plupart des artistes s’inspirent pour ordonner les morceaux de leurs albums.

Finalement, je me suis dit que c’est une thèse assez facile à vérifier. Il suffit de prendre plein de disques, de noter toutes leurs tracks et de voir à quelle position moyenne se trouvent les bons et les mauvais morceaux, les chefs d’oeuvres et les résidus de vieux fonds de tiroirs.

Donc je l’ai fait. Et voilà le résultat :

Un savant calcul de moyennes pondérées basé sur les données présentées ci-dessus permet de déterminer pour chaque piste une note générale, qui nous donne la conclusion suivante : le meilleur morceau se trouve sur la piste n°13. Viennent ensuite la 1, la 3, la 2, la 5 et la 4. C’est dingue non ?

En fait je crois que j’ai pas assez de données.

 

Florilège des artworks d’albums de groupes qui s’en tiennent à une charte graphique stricte et bien définie pour leurs artworks d’albums

 

J’aime bien les groupes qui affichent une certaine psychorigidité dans la conception de leurs pochettes d’albums. Un logo, une graphie particulière, un objet fétiche ou des petits détails qui restent au fil de la discographie, je trouve ça joli et cohérent. Donc j’ai essayé de faire une petite liste des groupes qui respectent ce genre de charte graphique.

Et voilà :

C’est beau non ?

On prend les mêmes et on recommence : la longue tradition de la suite dans le cinéma d’humour français

Dans le cas du film de comédie, s’il y a une idée qui fonctionne à chaque fois, c’est bien le coup de la suite. Quand on sait qu’un film a fait cinq millions d’entrées, on peut décemment considérer que les spectateurs seront plutôt enclin à s’en offrir une seconde fournée et que l’opération s’avérera lucrative en toute circonstance.

Les suites au plus grand potentiel sont évidemment celles des franches comédies populaires. En effet, quand personne ne meurt à la fin, c’est tout de suite plus pratique de torcher une suite sans trop de difficulté. Pourtant dans tous les cas, la même question se pose : qu’est-ce qu’on va bien pouvoir leur raconter, à ces cons ? Et là, plusieurs stratégies s’opposent :

1. La stratégie de continuation : on prend les mêmes et on raconte la suite, vraiment
L’idée est de reprendre l’histoire là où elle s’est arrêtée, la difficulté étant de déclencher un événement relançant le fil dramatique d’une intrigue qui est censée s’être bel et bien conclue. En 1977, un an après Un éléphant ça trompe énormément, Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos et Victor Lanoux rempilaient pour Nous irons tous au paradis. Au final, on sent à travers ces deux épisodes plutôt réussis une vraie évolution dans les rapports entre les personnages. Les deux films ont d’ailleurs chacun reçu plusieurs nominations aux Césars (preuve au passage que l’académie des Césars a toujours récompensé les BONNES comédies à leur juste valeur (prends-toi ça Dany Boon)).

Quant à La vérité si je mens !, on y racontait l’ascension d’un chômeur qui gravit les échelons dans un milieu qui semble prompt à le rejeter. La vérité si je mens 2 l’intègre dans un nouveau dispositif qui ne l’oppose plus aux personnages qu’il rencontre, ce qui insuffle un vrai renouveau à la série.

2. La stratégie feignasse : on prend les mêmes et on fait tout pareil
Au contraire de son prédecesseur, La vérité si je mens 3 nous offre quasiment la même intrigue, à base de problèmes de fric et d’arnaques à la Ocean’s Eleven. Si on éprouve un certain plaisir à retrouver certains personnages qui nous ont marqués (toujours admirablement campés par Gilbert Melki, José Garcia ou Gladys Cohen) on a tout de même un peu l’impression d’avoir déjà ri aux mêmes blagues, déjà assisté aux mêmes situations, et disons-le, déjà vu le même film.

Même erreur chez Onteniente et Dubosc pour Camping 2 qui en se contentant de remplacer le personnage de Lanvin par celui d’Anconina et de recycler quelques bonnes blagues du premier volet, font état de leur paresse insigne qui se ressent cruellement tout au long de leur insupportable film.

3. La stratégie d’extension : on prend les mêmes, et on en ajoute d’autres
Vous avez un duo ou une team qui marche ? Voyez plus loin, essayez d’étendre le champ de comédie en posant de nouveaux pions sur votre plateau comique. Bien que les suites soient souvent l’occasion de croiser de nouveaux personnages plus ou moins intéressants (l’intégration de Cyril Hanouna dans la team de La vérité 3 est d’ailleurs plutôt concluant), c’est assez rare qu’ils influent directement sur l’intrigue.

C’est pourtant l’idée qu’a eu Claude Zidi en 1989, cinq ans après les Ripoux, dans Ripoux contre Ripoux (qui épouse par ailleurs avec brio la stratégie numéro 1). Il adjoint à son tandem Noiret / Lhermitte une doublette improbable Guy Marchand / Jean-Pierre Castaldi qui permet à son second film d’emprunter une direction toute nouvelle en se servant des nouveaux personnages comme de véritables bad guys, éléments-clés de l’intrigue.

4. La stratégie du déplacement : on prend les mêmes, mais ailleurs
Vous écrivez une suite et vous n’avez pas d’idée ? Est-ce que vous avez pensé à parachuter vos personnages dans une situation inédite ? Parfois, cela peut se révéler intéressant pour aider à relancer la machine. Mais attention, ne faites surtout pas l’erreur de croire qu’il s’agit là d’une condition suffisante pour torcher votre sequel.
Tout le monde n’a pas le génie de la team Splendid de la fin des années 70. Ils avaient alors décidé de faire du ski dans les Alpes, mais auraient tout aussi bien pu jouer à la roulette à Macao ou chasser le buffle dans la Savane ; dans ce bijou d’inventivité comique qu’est le deuxième volet des Bronzés, la montagne n’est qu’un prétexte pour imaginer les situations et les dialogues les plus drôles.

Beaucoup moins créatifs, c’est sous nos regards affligés que Les randonneurs de Philippe Harel ou les jet-setteurs d’Onteniente se sont retrouvés à noyer leur dignité dans les piscines de Saint Tropez ou d’Ibiza. Quant aux Sous-doués en vacances, on pourra relativiser la nullité du film en arguant que ceux qui avaient vu le premier savaient à quoi s’attendre.

5. La stratégie nostalgique : on prend les mêmes, vingt ans plus tard
Dans le cinéma, une carrière est faite de hauts et de bas. Dans les années 2000, on peut considérer que Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot ou autres Marianne Chazel se trouvaient plutôt en bas. Dans cette situation, l’idée de génie pour faire dix millions d’entrées est évidemment de se retourner vers le passé glorieux qui fit accoucher cette joyeuse bande de trois des plus grandes comédies françaises de tous les temps.

Mais finalement le problème est le même que si Jean-Louis Aubert décidait de reformer Téléphone pour faire un nouvel album : il serait forcément moyen, en tout cas moins bon que ceux, insurpassables, des années 80. Même si elle ne le sait pas, la France n’a pas vraiment envie de voir Téléphone réformé. La déception serait inévitable.

Par extension, on peut affirmer sans aucun doute que personne n’avait envie de voir Jean-Claude Dusse et Popeye Lespinasse en quinquagénaires bedonnants et attardés, tout comme on se serait bien passé de découvrir ce qu’est devenu le bébé de Trois hommes et un couffin 18 ans après. Il faut bien le talent d’un Philippe Noiret (même flanqué de Lorant Deutsch) pour que ce genre de late-sequel ait une chance de n’être pas totalement catastrophique (Ripoux 3).

6. La stratégie de renouvellement : on prend les mêmes, mais on fait un autre film
Souvent le succès et la qualité d’un film dépend d’une harmonie assez simple entre un réalisateur et un tandem d’acteurs inédit. En 1981, un heureux concours de circonstances réunissait Pierre Richard et Gérard Depardieu pour La chèvre, un des films les plus drôles de Francis Veber (dont les premiers choix étaient pourtant Jacques Villeret et Lino Ventura).

La symbiose est complète et Veber tournera deux autres chefs-d’oeuvre (Les compères, Les fugitifs) avec son duo de choc, dont les thèmes radicalement différents se recoupent sous l’antagonisme de deux personnages dont on retrouve les mêmes caractéristiques dans les trois films. Pierre « Perrin/Pignon » Richard, le gentil con malchanceux (ou dépressif) et Gérard « Campana/Lucas » Depardieu, le péteur de gueules au bon fond.

Même combat pour le trio De Funès / Bourvil / Oury et leurs presque 30 millions d’entrées pour le mythique dyptique CorniaudGrande vadrouille. Malheureusement ce genre de trios complémentaires se fait rare.

7. La stratégie du reboot : on prend pas vraiment les mêmes, mais on reprend tout à zéro
Difficilement applicable à autre chose qu’une adaptation de BD, cette stratégie prend tout son sens dans le cas d’Astérix. Depuis maintenant trois films, la tradition est d’opérer un simple reboot à chaque nouvelle mouture, qui se traduit par un changement de scénariste, de réalisateur et d’interprètes pour la plupart des personnages. Cela peut être une réussite, notamment quand Alain Chabat parvient à imprimer son propre style à sa revisitation de l’oeuvre (Astérix 2) ou un échec total quand l’objectif principal semble consister à surpasser le prédécesseur avec force effets spéciaux et caméos imbéciles (Astérix 3).

8. La stratégie mondialiste : on prend les mêmes, et on les fourgue aux amerloques
La stratégie de la lose. Tenter d’exporter aux USA ce qui a marché en France, avec les mêmes acteurs. Ça donne Les Visiteurs en Amérique, navet exceptionnel faisant suite au déjà pas terrible Les Visiteurs 2. Finalement, le portage américain n’a marché ni en France, ni aux Etats-Unis. Quitte à exporter l’humour français, les Américains préfèrent voir des tronches connues, même si ça ne marche pas beaucoup mieux (Trois fugitifs avec Nick Nolte et Martin Short, Taxi avec Queen Latifah, Trois hommes et un bébé avec Tom Selleck, et bientôt LOL avec Demi Moore et Miley Cyrus).

Allez. Maintenant que vous savez tout, votre mission est d’imaginer une suite à Intouchables. Je prends les suggestions en commentaires.