Critique : Tron l’héritage, de Joseph Kosinski

La critique cinéma est un exercice difficile. Il faut toujours dissocier la vraie valeur d’un film de la déception/surprise qui découle des attentes que l’on en avait. Je n’ai pas vu le premier Tron, celui de Stephen Lisberger, mais je l’imagine comme une sorte de Matrix à la eighties. C’est dans cette optique que je suis allé voir Tron l’héritage, m’attendant à voir quelque chose de similaire à Matrix reloaded, délayage nébuleux du premier épisode mais allant plus loin dans l’expérience visuelle. D’autant plus qu’entre Tron et Tron 2, ce sont vingt ans qui se sont écoulés donc potentiellement on pouvait s’attendre à une évolution colossale. Et voilà : j’ai été déçu.

C’est au bout de dix minutes qu’on commence à faire son deuil si l’on attendait un scénario digne de ce nom, les personnages sont insignifiants, les dialogues sont bêtes, l’intrigue est d’un ennui profond, l’humour est inexistant. C’est donc de l’aspect visuel du film qu’il faut attendre le salut, heureusement on ne s’ennuie qu’un petit quart d’heure avant d’entrer dans le vif du sujet. On entre alors (si j’ai bien compris) dans la « grille », le fameux programme conçu par Kevin Flynn (Jeff Bridges), un monde fait de paysages futuristes aux couleurs froides et aux lignes fluorescentes. Il faut avouer que c’est beau, cohérent, techniquement impeccable. Cependant, notre éblouissement s’arrêtera là.

En partant d’un univers aussi riche, Joseph Kosinski n’arrive jamais à rendre ses scènes d’actions captivantes, notamment les combats à coups de lancers de disques durs ou les courses à motos, complètement amorphes, qui offraient pourtant un certain potentiel de jouissance visuelle. Même problème pour la 3D, incapable de faire ressortir l’orthogonalité de ces idéales lignes lumineuses, ou la profondeur des espaces vertigineux du décor.

Finalement qu’est-ce qu’il reste ? Une valeur sûre : Jeff Bridges, qui est bien gentil de mettre son propre charisme au service de son personnage tiédasse à souhait. Je ne parle ici que du personnage de Kevin Flynn car il y a un AUTRE Jeff Bridges dans le film, vingt ans plus jeune, redessiné en images de synthèse, très peu convaincant, à la limite du grotesque (on se croirait dans une cinématique de jeu vidéo). Il y a aussi Michael Sheen, un peu rigolo dans un rôle de directeur de boîte de nuit chevelu et évaporé.

Et surtout, SURTOUT, il y a la musique originale des Daft Punk, tout bonnement parfaite. Cette bande originale à la fois vintage et hi-tech, orchestrale et électronique, est finalement le principal (voire le seul) intérêt du film, le seul vecteur de sublimation de cet univers fantastique mais pas vraiment exaltant.

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