Tête de Turc : peut mieux faire

J’ai tort de lire la presse avant d’aller voir les films. Quand je vois cité le nom de James Gray dans les critiques de la première réalisation de Pascal Elbé, je me prends parfois à espérer (après avoir ri un bon coup quand même) et finalement je suis déçu.

Un jeune turc des banlieues (Samir Makhlouf), galvanisé par ses camarades, se pique d’envoyer un cocktail molotov sur la voiture d’un honnête médecin (Pascal Elbé). Aussitôt pris de remords, alors que ses acolytes ont tous déguerpi, le plaisantin tire des flammes sa propre victime. Son geste lui vaut de recevoir la médaille du mérite alors qu’un de ses amis est accusé à tort d’avoir lancé le projectile. Le frère du médecin, joué par Roschdy Zem, mène l’enquête.

Cela pourrait être un bon point de départ si ne venaient s’inviter à la fête une ribambelle de personnages secondaires plus ou moins inutiles : par exemple l’accident de Pascal Elbé l’empêche d’aller soigner une femme qui en profite pour mourir dans les bras de son mari (Simon Abkarian). Dès lors, l’essentiel des apparitions à l’écran du jeune veuf consistent à une interminable méditation sur un quai de gare brumeux, comme pour réfléchir à la fin qu’il pourrait bien donner au film (sans vouloir spoiler, on la devine très facilement au bout d’un quart d’heure).

Le problème du film est là. Elbé ne semble pas savoir quel film raconter, multiplie les personnages, et bascule sans arrêt entre la chronique sociale, le thriller pur, le drame familial, voire le film choral à la Collision (ce n’est pas là où il est le meilleur). Au final, point d’enquête fiévreuse, point de suspense haletant, aucun des personnages n’est vraiment fouillé si ce n’est celui de Roschdy Zem, convaincant dans son rôle de flic au bout du rouleau.

Au delà du simple concept du film, tout cela est traité avec une naïveté assez déconcertante. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à croire à ce personnage de banlieusard qui caillasse les flics le lundi, fait faire ses devoirs à son petit frère le soir même, l’emmène à l’école le mardi (en n’oubliant pas son goûter), puis se prend une baffe de sa maman le mercredi sans broncher (faut dire qu’il faut pas la faire chier Ronit Elkabetz, excellente dans le film). La scène de la voiture sous la pluie entre les deux frères confrontant leurs opinions politiques divergentes m’a semblé également d’une lourdeur infinie, tout comme l’ensemble des scènes de dialogues entre jeunes, plutôt très mal jouées. La faute aussi à des dialogues un peu faiblards voire invraisemblables.

« Si j’étais toi je détalerais avant que j’aie fini ma cigarette » (sic)

Pour clore le tableau, je ne mentionnerai pas la caricature de maire qui passe son temps à tenter d’étouffer l’affaire et raconter des banalités à la télé, ni l’inévitable bluette turco-arménienne qui donne l’occasion au film de se terminer sur une sorte de happy end à la fois rocambolesque et sidérante de niaiserie, mais pas tout à fait happy, et qui pour toutes ces raisons mérite le coup d’oeil.

Bon côté du film : une image soignée et une mise en scène sobre, mais c’est pas ça qui m’empêchera de le déconseiller.

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